Les écoles Bayard et Jeanne d’Arc provisoires

Les écoles privées dites « libres » Bayard (pour les garçons) et Jeanne d’Arc (pour les filles) étaient situées avant-guerre respectivement aux points 9 et 4 sur cette carte
Après la guerre, elles ont été transférées provisoirement aux abords du Bois de la Garenne.

C’est dans le château des Marettes que l’école Bayard a été relogée. Pour compléter, un baraquement (c’est comme cela qu’on appelait les préfabriqués provisoires à cette époque) a été ajouté sur le côté, bien visible sur cette photo d’Avril 1946 :

Château des Marettes - Sotteville-lès-Rouen

Sur la photo d’Octobre 1946, on voit que l’école Jeanne d’Arc vient d’être installée. Elle se compose d’un baraquement en bois. Elle est située à la limite du Bois de la Garenne et des baraquements de la rue des Frères Canton (logements provisoires montés suite aux bombardements de la ville). À cette époque, la rue des frères Louis et René Canton (résistants fusillés) n’était pas seulement celle que l’on connaît aujourd’hui : par extension elle était en réalité composée de plusieurs rues qui déversait ce quartier de constructions provisoires.

École Jeanne d'Arc et baraquements des Frères Canton - Sotteville-lès-Rouen

En 1951, on voit qu’un nouveau baraquement a été ajouté à l’école Jeanne d’Arc et qu’elle est inclue dans une vraie cour (flèche verte). Cette vue permet aussi de voir l’ensemble des écoles. Bayard est composée du château des Marettes (flèche rouge) et de son baraquement (flèche bleue).

Chateau des Marettes-Ecole Bayard-Ecole J. d'Arc

Afin de comprendre la vie dans ces écoles à cette époque et la description des lieux, deux personnes ont donné leurs témoignages. Un grand merci à eux !

Jean-Paul Fortin, qui a fréquenté l’école Bayard :

Mon frère qui est de 5 ans mon ainé avait fréquenté cette école à son ancienne adresse, rue Victor Hugo (directeur l’abbé Maurice Duboc). Lors du bombardement de mars 1943, le bâtiment a été très touché. C’est l’abbé Lemaire, curé de Notre Dame de Lourdes qui a mis à disposition la salle des fêtes située sous l’église pour que les cours puissent continuer. C’est donc en octobre 1943 à l’age de 6 ans que j’ai rejoint ce lieu que je connaissais bien étant enfant de choeur à cette paroisse.
À la rentrée, en octobre 1944, l’école prenait possession du château des Marettes (Madame Mieuset était mon institutrice). J’ai quitté cette école en fin d’année 1950 pour la rentrée en 5eme au collège Technique Marcel Sembat.

Le château (qui a échappé aux bombes) n’était pas de la première fraicheur mais propre, nous n’avons jamais eu froid (gros poêle à charbon). Un chauffage à air chaud avait dû exister (il y avait au sol des grilles en fonte ouvragées), celui-ci ne devait plus être fonctionnel ou trop onéreux. Il me semble que sur la toiture il y avait des tôles par endroits mais pas de fuites. La construction était composée de pierres et de briques.

L’entrée principale se situait côté rue Garibaldi, mais personnellement j’arrivais toujours côté Bois de la Garenne venant de la rue Trianon, je situe donc la façade côté bois et cours de récréation :
Au rez-de-chaussée il y avait trois classes en partant de la gauche, la classe de l’année préparatoire au certificat d’étude était située au centre du château. Dans les pièces situées à droite il y a eu un temps la cantine (année 1945-1946) puis une classe (1946-1947) à l’extrémité droite où je ne suis jamais allé.
Au premier étage au-dessus de la classe du certificat (au centre) il y avait une seule classe, Monsieur Arabian (mauvais souvenir) était le maitre (année 1947-1948). Il y avait aussi le logement du directeur (Monsieur Prévost) avec sa famille. L’année 1948-1949, retour au rez-de-chaussée, instituteur Mr Calogue et l’année 1949-1950 avec Monsieur Prévost (excellent souvenir).

Cette photo de classe a été prise sur le côté du château pendant l’année scolaire 1946-1947. Je suis le 3ème en partant de la droite au premier rang. À droite, l’instituteur est Monsieur Malfilatre. Cette année scolaire, je l’ai passée dans l’unique classe située dans l’annexe (baraquement en bois) construite à proximité du château.

Photo de classe école Bayard 1946-1947 - Sotteville-lès-Rouen

Quant à l’école Jeanne d’Arc, elle était établie sur la droite en regardant vers le bois de la Garenne. C’est à peine si on pouvait apercevoir ces lieux à travers les arbres. Il me semble que les bâtiments étaient en préfabriqués, appelés baraquements à cette époque…

Michèle Duchemin, qui a fréquenté l’école Jeanne d’Arc :

Mon frère, ma sœur et moi, après la guerre, habitions rue Dumont.
Nous fréquentions l’école Bayard (école de garçons) et l’école Jeanne D’arc (école de filles) gérée par les sœurs de St Vincent de Paul. L’école Bayard était dirigée par un laïc.

Pour nous rendre à l’école nous empruntions ce que nous appelions « les ruines » (restes de maisons bombardées), au milieu de la rue prenions la rue Raspail, en passant devant une maison qui logeait des travailleurs algériens.

Avant d’arriver à l’école nous passions devant le château des Marettes qui était l’école Bayard. Le cèdre dans la cour était magnifique.

L’école Jeanne d’Arc, en bordure de la rue des frères Canton, était composée de baraquements en bois (don des suédois ou des américains), les fenêtres étaient à guillotine, ce qui nous étonnait. Dans la cour il y avait un bâtiment en ciment, c’était les toilettes à la turque. À la sortie, nous nous amusions à descendre dans un ancien trou de bombe, cratère recouvert d’herbe.

L’école était aussi fréquentée par celles que nous appelions sans aucune méchanceté « les orphelines » dont les parents avaient été tués pendant la guerre, et aussi des enfants de mariniers.
Toutes étaient pensionnaires chez les sœurs de St Vincent de Paul sous la bienveillance de Sœur Joseph. L’école menait au certificat d’études à 14 ans. Il y avait aussi, destiné aux élèves de l’enseignement catholique, le brevet moyen, le brevet supérieur et des cours de catéchisme.
Le jardin d’enfants a ouvert par la suite, les petites tables et les petites chaises étaient une nouveauté. La maîtresse en était Mademoiselle Françoise.

Il y avait un kermesse dans la cour du château et la distribution des prix, mais pas de cours de sport ni de cantine. Chaque samedi après-midi, il avait une distribution de pains au lait et de comprimés vitaminés.

Sur cette photo de classe, ma sœur est la 5eme à droite au 3ème rang en partant du bas, elle a un ruban dans les cheveux. Moi je suis parmi les grandes en haut, la 4ème à droite.
À droite, la maîtresse « des grandes » est Madame Brichet. À côté d’elle, c’est sœur Rosalie, très appréciée des élèves. Le 5 septembre 1942, elle a aidé à l’identification des blessés du bombardement au dépôt (dont mon père, 31 ans) et réconforté les familles. C’était la directrice (plus tard, il y a eu Sœur Françoise).
À gauche il y a mesdemoiselles Laure Gauthier (classe moyenne) et Marguerite Duchaussois (les petits).
Comme institutrice, il y avait Mademoiselle Jeanne
Quelin. Nous les appelions par leur prénom précédé de Mademoiselle mais ne les tutoyons pas. Elles logeaient dans les étages du château.

Voici le château des Marettes en 1959. Il sera démoli en 1961 pour faire place à la nouvelle place de l’Hôtel de Ville :

Chateau des Marettes - Sotteville-lès-Rouen

La nouvelle école Bayard a été construite en 1956 rue Sergent Major Tiremberg. En 1968, le diocèse de Rouen la cède à la ville. Ces locaux deviendront la MJC puis la Maison pour Tous.

En 1961, la place de l’Hôtel de Ville est en construction. Les bâtiments de l’école Jeanne d’Arc sont encore présents (flèche verte) mais c’est à cet emplacement que sera construit en 1968 l’immeuble ILN (Résidence « La Garenne ») qui surplombe aujourd’hui la place de l’Hôtel de Ville.

Construction place de l'hôtel de ville de Sotteville-lès-Rouen et ancienne école Jeanne d'Arc

Si on veut retrouver l’emplacement des différents bâtiments sur une vue relativement actuelle (2015) de la place de l’Hôtel de Ville qui a remplacé le parc des Marettes, voici ce que cela donne (code couleur identique aux photos précédentes) :

Emplacement Ecoles Bayard (chateau des Marettes) et Jeanne d'Arc sur vue actuelle de la place de l'hôtel de ville de Sotteville-lès-Rouen

VOIR AUSSI : Tous les articles sur le Château des Marettes, le Bois de la Garenne, et la place de l’Hôtel de Ville

3 commentaires

  1. Merci pour ces deux émouvants et riches témoignages ,nous faisant vivre et revivre une page de l’histoire de Sotteville avec tous ces enfants qui représentaient l’avenir de notre ville.

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