Témoignage de Rolande, qui a vécu la Seconde Guerre mondiale

Voici le témoignage vidéo de Rolande, dont la famille a enduré la Seconde Guerre mondiale, mais qui a été « privilégiée par rapport à d’autres » .

Et pour ceux qui préfèrent lire, voici la retranscription de la vidéo :

Je m’appelle Rolande, je suis né en 1933, dans la maison ou j’habite. Ce sont mes grands-parents qui l’avaient achetée en 1920. Ils tenaient le commerce à côté, qu’ils ont vendu en 1926 et ont loué la partie où il y avait le magasin. Mes parents ont pris la suite, et moi après. On a tous vécu dans cette maison, avec beaucoup de changements et d’améliorations du confort au fur à mesure des années.

Rue Pierre Corneille, proche de la place Voltaire

On a été bombardés comme tout le monde : on a subi le premier bombardement le 17 août 1942 (le premier bombardement Allié). On a eu une chance inouïe, c’est que la bombe qui est tombée sur la buanderie (qui a été reconstruite) au fond de la cour, n’a pas éclaté. Le 17 août il faisait très chaud. Moi j’avais 8 ans. Quand on a vu les avions arriver, on a dit « c’est pas les Allemands ça, c’est pas normal » (jusque-là les bombardements étaient Allemands). Donc, on est rentrés et on n’a même pas pu fermer la porte, on a vu passer les robinets de la buanderie qui sont venus éclater la porte d’entrée. On n’a rien eu. Les Allemands sont venus enlever la bombe huit jours après. Il a fallu qu’on évacue pendant ce temps là.

Puis les bombardements se sont intensifiés. C’était presque tous les jours, donc mes parents ont mis tous les meubles dans un garde-meuble et on est allés vivre à Franqueville, où il y avait tout de même moins de danger qu’à Sotteville, puis on est revenu après la guerre, pour la rentrée des classes 44, pour que je reprenne une année scolaire normale.
Le 19 avril 1944
(le plus gros bombardement de toute la guerre), le bombardement nous a réveillé. Avec la lumière on y voyait comme en plein jour et on s’est aperçu que c’était sur Sotteville que ça tombait. Donc mes parents, le lendemain matin, sont arrivés et ont vu le quartier complètement détruit. Ils se sont dit que la maison devait être par terre, mais non elle était debout !

La place Voltaire bombardée

Donc, quand on est revenus en septembre, il a fallu installer des vitrophanie aux fenêtres. C’est une espèce de tissu plastifié qui empêchait le vent de passer (mais pas le froid !). Et puis on n’avait pas de chauffage central, car il n’y avait plus de charbon à mettre dans la chaudière et donc on faisait la cuisine avec un feu de bois. Mes parents allaient tous les soirs (c’était le travail après leur travail) ramasser du bois mort dans les décombres pour pouvoir se chauffer tout l’hiver. Et tous les jours ils allaient ramasser le bois mort. Ils prenaient du petit bois et quelquefois ils trouvaient des poutres : ils étaient contents car une poutre ça permettait de se chauffer pendant trois jours. Il faisait froid, ça a été une dure période. Et on était heureux, car notre maison était debout ! Parce que ceux dont la maison était tombée (les deux tiers de Sotteville ont été démolis), ils habitaient dans des baraquements ou ils habitaient à plusieurs dans la même maison. C’était vraiment triste, triste, triste…
Et puis on avait encore les tickets de rationnement, on ne mangeait pas ce qu’on voulait !

Depuis Franqueville Saint-Pierre, mon père descendait tous les jours travailler dans Rouen. Tous les soirs, il réparait son vélo parce qu’il avait des pneus pleins !
Avec la Semaine Rouge du 30 mai, le bas de la rue Jeanne d’Arc était en feu, donc la banque a été réfugiée à Bois-Guillaume, chez le directeur ou le sous-directeur qui avait mis sa maison à disposition pour que la banque travaille quand même. Il descendait la côte de Waddington et il remontait la côte de Bihorel pour aller travailler tous les jours à bicyclette. Il faisait l’inverse ce soir.
Quand on est revenus à Sotteville sans craindre les bombardements (parce qu’il n’y en avait plus) pour remettre la maison un peu en ordre en septembre (on a été libérés le 30 août), moi-même je suis passée par le pont d’Eauplet qui était tombé. Ils avaient mis des passerelles pour piétons, donc on est passés à pied par là. Il y avait encore des chevaux morts qui traînaient dans le coin…

Le viaduc d’Eauplet en 1944

On a eu personne ni de blessé ni de mort, tout le monde ne peut pas dire autant (722 sottevillais sont morts pendant la seconde guerre mondiale), on a une maison qui est restée debout, mon père a toujours travaillé… J’estime qu’on a été privilégiés par rapport à d’autres !

7 commentaires

  1. Bonjour Madame Rolande et merci pour ce puissant et si précit témoignage – Je suis moi même de 1933 ayant vécu à Petit Quevilly jusqu;à mi-1942 et en ensuite au Mont Gargan jusqu’a fin 1952 …. Effectivement le bombardement du 19 Avril 1944 fut le plus meurtrier de tous ces bombardements et Sotteville avait eu le plus grand nombre de victimes … Si vous ne connaissez pas le livre de mes amis Historiens Monsieur Daniel Rose (DCD) et Monsieur Paul le Trévier « Que s’est il passer le 19 Avril 1944 » je vous le recommande… Avec toutes mes bonnes amititiés – Michel Léveillard sur face Book

  2. Témoignage très émouvant. Ma famille n’est pas originaire de la region mais je retrouve dans le récit de Rolande celui de mes parents et grands parents.
    Bravo et merci pour ce site de qualité, très documenté, qui s’enrichit maintenant d’interview vidéo ! (la 1ère ou je me trompe ?)

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