Pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’aviation allemande, puis alliée, ont bombardé, à 38 reprises, les installations ferroviaires, mais aussi la ville par manque de précision.
▲ Un bombardement de Sotteville, qu’on reconnait bien
Mais, le bombardement de la nuit du 18 au 19 avril 1944 a été le plus terrible.
Pour l’occupant, le Chemin de Fer de Sotteville restait stratégique. Le matériel et surtout la main d’œuvre s’avéraient très précieux. La gare de triage, l’une des plus grande d’Europe à cette époque, ainsi que les ateliers d’entretien et de construction de matériel ferroviaire, était donc utilisée par l’armée allemande.
Afin de préparer le débarquement de Normandie et retarder les renforts allemands, l’objectif des Alliés résidait dans la destruction de cet important nœud ferroviaire.
▲ Destruction des ateliers Buddicom
Peu après minuit, les ronflements des 273 bombardiers Lancaster venus d’Angleterre ont commencé à se faire entendre, mais c’est seulement à 0 h 16, que l’alerte a été donnée. La population, surprise dans son sommeil, n’a ni le temps de sortir, ni de s’abriter.
Dans un premier temps, des fusées éclairantes, des TI’s (Target Illuminators), étaient lancées pour marquer les zones cibles dans un ciel dégagé, puis deux objectifs ont ensuite été bombardés :
– L’objectif Sud de 0h14 à 0h30 : partie de la gare de triage située entre la gare voyageurs et les ateliers de Quatre-Mares. Le marquage puis le bombardement ont été relativement réussis : Les ateliers Quatre-Mares, les ateliers Buddicom et de nombreuses voies, en plusieurs points, ont été atteints. De nombreuses bombes sont tombées à l’extérieur de la cible, mais dans des zones peu habitées.
– L’objectif Nord de 0h39 à 0h58 : le Dépôt des locomotives. Le viaduc d’Eauplet et l’église N.D. de l’Assomption servant de repère, le marquage « trop court », a pour conséquence, le bombardement sur la ville ! Le « Maître de Cérémonie » essayant de corriger cette erreur a créé une confusion. « Il parlait trop » d’après les pilotes, qui ne savaient plus où tirer… Ce n’est que vers la fin de cette 2ème partie du raid que tout est rentré dans l’ordre, mais trop tard. Le dépôt de locomotives et la partie Nord du triage ont tout de même été touchés, mais le centre-ville l’a aussi été largement !

▲ La place de l’ancienne mairie et l’église N.D. de l’Assomption, au cœur du centre-ville
Quelques raisons qui expliquent ces dommages collatéraux :
– En plus des erreurs de marquage, un léger vent poussait les TI’s sur la ville.
– Chaque bombe était considérée dans la cible si elle tombait à moins de 500m de part et d’autre de celle-ci, soit une envergure de 1000m, mais la gare de triage ne faisait que 300m de large dans sa partie la plus étroite.
– Le choix a été fait d’aborder la gare de triage avec un angle de 30° depuis le sud-ouest, et non en enfilade.
– À une vitesse de 380 km/h, un avion met seulement 5 secondes à parcourir les 500 mètres qui séparent la zone ferroviaire et l’ancien centre-ville.

▲ Plan des impacts de bombes.
La zone SNCF, à détruire, est délimitée en bleu. Les zones habitées sont représentées en saumon. La place de la mairie et l’église N.D. de l’Assomption, sont indiqués en marron.
En cette nuit du 18 au 19 avril 1944 était programmée une opération d’envergure qui comprenait aussi les installations ferroviaires de Tergnier, Juvisy et Noisy-le-sec. En avril et mai, ce sont au total 37 gares de triage de France, de Belgique et d’Allemagne de l’ouest qui ont été détruites.
Le bilan du bombardement du 19 avril 1944, qui a duré trois quarts d’heure, a été évalué par la commune de Sotteville-lès-Rouen à 561 morts, 14 disparus, 226 blessés graves, 1575 sinistrés et une centaine de blessés légers, mais le nombre de victimes a dû être plus élevé, car, deux ans après, on retrouvait encore des cadavres dans les décombres…
Mais n’oublions pas que les communes de Rouen, Bonsecours, Amfreville-la-Mivoie, Saint‑Etienne-du-Rouvray, Petit-Quevilly, Grand-Quevilly et Bois‑Guillaume ont également reçu leur lot de bombes.
Sur l’ensemble de l’agglomération rouennaise, 814 personnes ont perdu la vie, cette nuit là.
La propagande allemande, qui influençait les médias, a laissé dans les esprits, pendant des décennies, un massacre presque volontaire par nos alliés, alors qu’il nous faut surtout prendre en compte les problèmes de précision évoqués précédemment. Rappelons aussi que ce raid a participé à la Libération de la France, même si, paradoxalement, nous devons aussi nous souvenir que le résultat a été catastrophique pour la population !
Sotteville a été libérée le 31 août 1944. Bilan de l’ensemble de la guerre : 722 morts sous les bombes, un tiers des habitations détruites et un tiers trop endommagées pour être reconstruites.
Si le sujet vous intéresse, vous pouvez lire le livre très précis de Paul Le Trevier et Daniel Rose : Ce qui s’est vraiment passé le 19 avril 1944
► VOIR AUSSI : Tous les articles sur les bombardements
Merci pour ce remarquable exercice de devoir de mémoire. Je connais une personne âgée qui a perdu sa mère et son frère ensemble lors de l’un de ces bombardements, sa maison a été détruite. Alors que nous en discutions une fois, elle m’a dit à la libération, j’étais triste.
j ai perdu toute ma famille le 19 avril 1944 place de la liberté
Bonjour. Pouvez-vous me dire si une liste des personnes décédées ou disparues ou blessées a été réalisée ? Est-ce que cette liste est disponible ? J’ai une ancêtre FORTUNE Odette qui avait 23 ans le jour du bombardement qui est portée disparue.J’aurai aimé savoir si son corps avait été retrouvé ? Merci d’avance pour vos réponse. Bien cordialement. Cyrille
Bonjour,
Peut-être existe-t-il une liste plus détaillées aux archives municipales, mais la mairie avait réalisé une stèle commémorative du bombardement du 19 avril 44 où figurent les victimes. Malheureusement je ne vois pas ce nom…
►https://sottevilleaufildutemps.wordpress.com/2015/04/19/commemoration-du-bombardement-du-19-avril-1944/
Laurent
J’avais 4ans et ma mere a ete blessée je suis partie chercher du secours et je ne l’ai jamais revue.longtemps j’ai cru que cc’etait les Allemands les auteurs de sa mort et je decouvre la verite maintenant.quel succés?
Bonjour, née en 1937 à Sotteville, j’ai toujours des souvenirs et surtout le mal , le chagrin qu’a eu mon grand-père, propriétaire de sa maison détruite rue Benjamin Francklin et JAMAIS RECONSTRUITE ni indemnisé car on ne lui proposait qu’un appartement en immeuble, alors qu’il avait une maison et UNE FEMME MALADE, impotente. Mes parents, locataires, sinistré total, maison détruite rue Victor Hugo. Heureusement, les civils avaient été évacués d’office mais …SVP en QUELLE ANNEE ? Merci si je peux avoir la date.
Difficile à dire… Des évacuations avaient lieu parfois (comme les écoles) dans les périodes où les bombardements s »intensifiaient, mais la nuit du 19 avril 44 chacun était chez soi, d’où le drame !
Renée Gallas Tafforeau. Mes parents habitaient derrière la mairie de Sotteville la rue Pouchet je crois. Nous avons tout perdu lors de cet épouvantable bombardement. Seul mon père travaillant à Buddicum -était présent dans la ville. Il avait eu la bonne idée d’aller (au cours de la soirée du 13 avril) chez mes grands Parents qui habitaient sur les hauteurs. Ce n’est qu’au petit jour qu’il avait constaté les horreurs de ce bombardement et qu’il avait avec d’autres personnes commencé à chercher des survivants..Tout cela de sinistre mémoire…