Du manoir de St Yon au Centre Hospitalier du Rouvray

Avant son transfert à son emplacement actuel, l’histoire de ce qui allait devenir le « Centre Hospitalier du Rouvray » commence au XVIIIème siècle avec le « Manoir de Saint-Yon ».

Ce couvent était situé à Rouen, rue St Julien, dans les murs de l’actuel Atrium (qui fut auparavant l’école normale d’instituteurs).
Un « Pensionnat de force » ainsi qu’une section destinée aux jeunes aliénés furent implantés au sein de cette maison d’éducation en 1740. Le couvent disparut en 1792 lors de la Révolution, puis un « Dépôt de Mendicité » fut créé en 1808, remplacé lui-même par le fameux Hospice d’Aliénés en 1821 aux débuts de la science psychiatrique. En 1825 les aliénés dispersés en Haute-Normandie, sont regroupés ici, et en 1838, l’hôpital devient une référence, à la pointe des soins pour les maladies mentales. Malgré plusieurs agrandissements, le nombre croissant de pensionnaires oblige l’ouverture d’une « succursale ».

La construction de la « succursale rurale » débuta en 1845 à Sotteville-lès-Rouen, dans le hameau de Quatre-Mares sur le terrain dit « Clos de la Haie Brout » de M. Prevel, acquis par le Département. Elle ouvrit en 1851 mais sa construction se poursuivit jusqu’en 1854.

Un deuxième asile fut construit entre 1875 et 1879 dans le prolongement et accolé au premier, sur la commune de Saint-Etienne du Rouvray, administré par la communauté des sœurs de Saint-Yon, ce qui permit le transfert de la totalité de l’asile de Rouen et la fermeture du « Vieux St Yon » en 1879.

Ces deux asiles étaient administrés séparément jusqu’à la fin du XIXe siècle. On remarque bien la limite entre les deux sur ce plan, correspondant aussi à la limite des deux communes :
– Au nord, sur Sotteville-lès-Rouen, « Quatre-Mares » était destiné aux hommes
– Au sud, sur Saint Étienne du Rouvray, « Saint-Yon » était destiné aux femmes

Leur architecture était homogène, aérée et située dans un cadre champêtre. Les bâtiments étaient agrémentés de jardin et isolés du monde par de longs murs nécessaires à une vie en totale autarcie. Avant de construire le nouvel asile, le choix s’était porté sur d’autres sites, mais la pauvreté de la terre fit renoncer, car il fallait qu’une exploitation agricole soit installée. Ont aussi été aménagés des vergers, des cultures, des pâtures, une porcherie, une étable, une écurie, une ferme, une basse-cour, des ateliers, une buanderie, un château d’eau et des chapelles.

Ce n’est qu’en 1920 que les deux asiles furent réunis. Il prend alors le nom de « Maison de Santé Départementale », puis « Hôpital Psychiatrique Départemental » en 1938. 2700 malades y sont hospitalisés.

Pendant la seconde guerre mondiale, l’hôpital a été bombardé à plusieurs reprises et 800 bombes ont détruit 70 % des constructions. En 1945, il n’y a plus personne.
La reconstruction est lente et une toute nouvelle équipe de psychiatres se met à l’œuvre pour ouvrir l’hôpital aux nouvelles méthodes, plus ouvertes sur l’extérieur. Parmi ces médecins, on peut citer le Docteur Lucien Bonnafé, psychiatre désaliéniste et père de la politique de secteur psychiatrique. Il est important de rappeler qu’il a aussi été maire de Sotteville en 1952 et 1953. Hommes et femmes restent cependant séparés.

En 1963, une importante réforme de la psychiatrie réorganise le plan de l’établissement. De grands bâtiments disparurent au profit de plus petits, sectorisés par activité et non plus par sexe. Les travaux débutèrent en 1971.

En 1968, suite à la loi sur le statut des hôpitaux psychiatriques, la nouvelle dénomination fut « Établissement Public Départemental ». En 1973, il prit le nom de « Centre Psychiatrique du Rouvray », puis en 1979 « Centre Hospitalier Spécialisé du Rouvray », et le nom actuel en 1991 : « Centre Hospitalier du Rouvray ».

Centre Hospitalier du Rouvray

Voici les entrées des deux anciens asiles (disparues). L’entrée actuelle a été créée entre les deux (4 rue Paul Éluard / 76300 Sotteville-lès-Rouen).

Asile départemental Quatre-Mare Saint-Yon (Centre Hospitalier du Rouvray) - Entrée

Asile départemental Quatre-Mare Saint-Yon (Centre Hospitalier du Rouvray)

Asile départemental Quatre-Mare Saint-Yon (Centre Hospitalier du Rouvray) - Entrée

Asile départemental Quatre-Mare Saint-Yon (Centre Hospitalier du Rouvray)

Malgré les nouvelles constructions, les espaces champêtres existent toujours et la balade dans le parc y est très agréable. Plusieurs anciens bâtiments sont toujours présents, ce qui constitue un mélange d’architectures qui donnera aussi un intérêt à la promenade…

Par Laurent Vanderbeken

► VOIR AUSSI : Site du Centre Hospitalier du Rouvray

10 commentaires

  1. merci pour ce dossier. je me rappelle qu’étant gamin 10/15 ans être entré dans l’HP j’habitais gadeau de kerville tout proche. ça faisait peur tout ses cris de ces malades qu’on appelaient les fous au fenêtre grillagées et les autres assis sur les bancs avec des vétements bleus. la vie de ces malades devaient être vraiment atroce. J’y suis retourné bien plus tard pour voir le parc et les serres mais quand je voyais ces vieux batiments une pensée pour ces gens là qui n’avaient pour seule faute d’être différend.

  2. Quel dommage que le centre hospitalier soit amputé d’une partie de sa surface verte du fait de la construction d’un ensemble immobilier locatif…

    • bonjour à vous,

      … je suis tout à fait d’accord avec vous !
      Pourtant ce n’est pas la première amputation que cet Établissement subit.
      je sais que par le passé déjà des terrains ont été vendus au profit de quartier(s) pavillonnaire(s) alentours …

  3. Souvenirs! souvenirs..
    Pour l’historique = Bravo
    Le collège actuel Jean ZAY, ainsi que la zone pavillonnaire attenante, ont été construits sur ce qui était à l’origine partie intégrante de cet hôpital, Dans l’angle de la rue Duboc devenue Eugène Tilloy il y avait un bâtiment à l’intérieur des champs. Il nous arrivait de faire le mur, par curiosité.
    Nous habitions de l’autre côté. Pas fou !!!! mais un peu déjanté.

  4. Merci à vous
    Très intéressant de connaître ce passe
    C’est toujours avec plaisir de recevoir tous ces témoignages
    Qui nous font connaître cette ville de SOTTEVILLE un peu plus

  5. Attention,
    L’entrée du parc n’est plus autorisée au public comme indiqué dans l’article. Seules les visites des patients et le personnel est autorisé.

    C’est sans doute dommage pour la population de Sotteville, mais les patients doivent pouvoir sortir sans aucun risque dans ce bel espace qu’il faut préserver !

  6. J’ai lu avec intérêt l’histoire de ce Centre Hospitalier. J’ai très envie d’en savoir plus sur l’histoire de Sotteville, je suis maintenant à la retraite et j’aimerais bien participer au visites guidées à travers la ville.
    Merci

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